Accessibilité des sites internet aux personnes en situation de handicap visuel

Le handicap visuel et internet au quotidien : rencontre avec Maryse P.

Après les premières phases de recherche sur le contexte global dans lequel se place notre sujet d’étude, il nous apparaissait important et intéressant de s’arrêter sur la position des premiers concernés vis-à-vis de notre problématique.

Mercredi 15 Décembre, nous avons donc rencontré Maryse P. dans le cadre de notre projet de veille technologique. Cette rencontre a pu être organisée avec l’aide de Michel Lucas, également présent lors de cette entrevue. Maryse P. est aveugle et commence vraiment à utiliser internet depuis quelques temps. Pour le moment, l’utilisation principale de l’outil informatique correspond pour elle à l’utilisation d’un système de messagerie électronique et à des débuts de navigation sur divers sites (pour l’instant, essentiellement dans l’optique de récupérer la version audio d’ouvrages divers).

Maryse P. nous a présenté tout d’abord le matériel dont elle dispose :

  • un clavier AZERTY, qu’elle doit connaître par cœur et qu’elle utilise pour avoir accès à tous les raccourcis que nous connaissons (plus ou moins) bien ;
  • un clavier braille, qui au moyen de picots traduit en braille le contenu de l’écran et des différents sites internet, pour le cadre qui nous concerne. Cependant, cet appareil présente plusieurs inconvénients : il est lourd et cher (de l’ordre de 8000 euros) mais il faut surtout savoir que peu d’aveugles lisent le braille (et aucun malvoyant !) ;
    Photographie d'un clavier braille[Source : http://www.alphabraille.com]
  • le logiciel JAWS de synthèse vocale qui traduit en sons le contenu de l’affichage d’un ordinateur (document standard, navigation sur la machine, sites internet…). Comme nous avions pu le dire dans un précédent message, le prix de ce logiciel est également très élevé. Il est à noter qu’il existe cependant des alternatives libres, mais malheureusement beaucoup moins performantes que JAWS.

Après une brève démonstration de ces différents outils et de leur utilisation pour la rédaction d’un document de type WORD, nous avons décidé de nous tourner vers la problématique d’internet. Pour ce faire, Maryse P. nous a proposé d’essayer de réaliser l’opération suivante : récupérer une œuvre de la médiathèque disponible sur le site national de l’association Valentin Haüy. En utilisant Google, nous parvenons à atteindre le site. Première constatation : JAWS annonce 45 liens sur la page (donnés les uns à la suite des autres), liens que Maryse P. doit parcourir pour connaître les différentes possibilités qui lui sont proposées sur le site. L’accès à la section Médiathèque s’en est trouvée grandement compliqué. L’accès au contenu propre de la page et notamment au formulaire sur la page de la section Médiathèque n’a pas non plus été chose aisée. Il était en effet facile de rester bloqué dans le parcours du menu sans pouvoir accéder au cœur de la page. Le remplissage du formulaire en question s’est aussi révélé ardu (notamment, raccourcis claviers parfois inopérants de manière inexpliquée).

Nous nous sommes ensuite tournés vers le site du comité régional Loire-Atlantique de l’association (site essentiellement développé par Michel Lucas au cours des dernières années). Nous passerons sur les détails concernant ce site mais relèverons certains points importants : le site propose immédiatement trois versions adaptées chacune à un type d’utilisateur (voyant, malvoyant et non voyant). Pour la version non-voyant, que nous avons alors utilisé, des raccourcis bien définis en préambule permettent d’accéder rapidement au texte ou au menu d’une page (possibilité dont l’absence avait vraiment été néfaste sur le précédent site). Le nombre de liens par menu a été revu à la baisse (5 seulement), ce qui le rend tout à fait intelligible via JAWS. Enfin, nous remarquerons que même si adaptée aux non-voyants, cette version reste tout à fait intelligible pour n’importe quel voyant qui serait aux côtés de la personne non-voyante lors de la visite du site.

Le parcours de ces sites a été l’occasion pour Maryse P. d’exprimer certaines attentes vis-à-vis des sites web, qui si elles étaient respectées l’amèneraient sûrement à utiliser internet plus régulièrement. Certains points sont ici à relever :

  • Un bon site est avant tout un site simple. Pas besoin d’arriver sur un site où une multitude de liens sont disponibles. L’accès facilité aux différentes sections d’une page (menu, contenu, pied de page,…) via des raccourcis par exemple est très clairement un plus.
  • Pour un aveugle ou un malvoyant, il est très dur de se faire une idée d’ensemble sur la structure globale du site ou sur la page. active Une description du contenu (par une balise reconnaissable par JAWS dans le code html ou bien une description fournie en en-tête de page) permettrait alors une navigation facilitée.
  • L’architecture du site est une caractéristique qui peut évoluer du tout au tout d’un site à l’autre. Cette multitude d’architectures est parfois troublante pour un non-voyant. Une solution à ce problème serait réellement synonyme de meilleure accessibilité.
  • Certains types de contenus doivent être très clairement adaptés à une visite du site par des non voyants (tableaux par exemple, très durs à comprendre avec JAWS).
  • Un non-voyant sera sensible à certains types de supports (sons par exemple). Ce point sera aussi à considérer pour le reste de notre étude.

De cette entrevue, et outre les points techniques précédents, nous retiendrons notamment que deux problèmes expliquent généralement les difficultés d’accès d’internet aux handicapés visuels. Tout d’abord, la personne en question n’a peut-être pas eu les formations qui lui seraient nécessaires pour profiter pleinement d’internet. Mais l’autre raison peut aussi venir des outils à disposition non adaptés ou des sites non accessibles. Ces deux aspects seront à garder à l’esprit pour le reste de notre étude.

De plus, il apparaît de plus en plus évident que l’accessibilité d’un site aux personnes en situation de handicap visuel est une décision à prendre bien en amont du projet et à inclure dès la conception du site, tant les paramètres à considérer sont nombreux et impliquent toute la logique du site. Il semble nécessaire pour un site de proposer plusieurs versions, une première adaptée aux voyants, une seconde adaptée aux non-voyants et une dernière adaptée aux mal voyants. En effet, il semble difficile de vouloir proposer les mêmes pages pour ces trois catégories de personne tant les réflexes et intuitions face à une même page sont différents. Cependant, cela ne suffit pas, il faut également s’assurer qu’il est simple de passer d’une version à une autre.

Dans nos prochaines études, nous allons maintenant analyser les critères qui font d’un site web, un site « accessible ». Nous réaliserons notamment l’analyse critique de certains sites pour appuyer nos propos. Il est évident que notre rencontre avec Maryse P. nous sera d’une grande aide pour cette nouvelle phase. Aussi, et pour finir, nous tenons vraiment à remercier Maryse P. pour nous avoir si bien reçus et nous avoir aidés sur les nombreuses interrogations que nous pouvions avoir.



Modifié le lundi 20 décembre, à 13h26 — Reformulation : « annexe nantaise » en « comité régional Loire-Atlantique ».

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