Accessibilité des sites internet aux personnes en situation de handicap visuel

Petit tour d'horizon de l'accessibilité du Web et inquiétudes

Pour ce dernier billet, nous avons fait une petite revue du web accessible ainsi que des dernières avancées dans le domaine.

Accessibilité et standards du Web

Ces derniers mois, l'actualité des techniques et standards du Web est la preuve que le monde du Web évolue dans le sens d'une meilleure accessibilité aux personnes en situation de handicap visuel. Cette évolution a été particulièrement riche et nous allons à présent voir certaines de ces nouveautés prometteuses.

Version 2.1 du référentiel AccessiWeb

Nous avons eu l'occasion de parler précédemment de ce référentiel confectionné depuis 2003 par l’association BrailleNet. Sa dernière évolution date du 7 juin 2010, passant ainsi de la version 2.0 à la 2.1. Même si l'on peut la qualifier de mineure, cette mise à jour apporte un certain nombre de précisions et corrections au référentiel actuel avec un total de 23 changements. La majorité d’entre eux concerne des corrections syntaxiques et des reformulations offrant une meilleure compréhension de l’information, mais également l’ajout de cas particuliers pour certains critères ou la suppression d’un critère. Cette évolution témoigne réellement de la poursuite de l'effort du Groupe de Travail AccessiWeb (composé de professionnels de l’accessibilité numérique) dans le sens de la mise en œuvre des règles d'accessibilité Web tant au niveau technique (critère sur des balises spécifiques) qu'au niveau de pratique plus générales (critère Documents Bureaucratiques en téléchargement).

Google et le handicap : navigation au clavier

Google Instant, la toute dernière amélioration de Google, a beaucoup fait parler d'elle. En plus de l'affichage instantané des résultats de recherche, elle offre également une nouveauté très utile pour les utilisateurs atteints de handicap : la navigation au clavier. Celle-ci concerne bien sûr les handicapés moteurs — l’utilisation d’une souris étant pour certains impossible, impliquant une navigation forcée au moyen du clavier — mais pas seulement: cette fonctionnalité peut être utile pour les handicapés visuels en complément d'un outil tel que JAWS pour la navigation au seul clavier (trop souvent cette possibilité n'est pas présente ou mal implantée, problème que nous avons déjà eu l'occasion de soulever). Si les éditeurs de logiciels montrent des efforts concrets en matière d’ergonomie pour les personnes ayant recours au clavier uniquement, force est de constater qu’en matière d’accessibilité Web les principaux acteurs ne sont pas toujours coopératifs. C’était le cas de Google, jusqu’à l’intégration d’une fonctionnalité de navigation clavier en octobre 2010 en France.Désormais, quand un internaute effectue une recherche sur le moteur de recherche, une flèche bleue est automatiquement affichée à gauche du premier résultat. Google est bien connu pour son amour du minimalisme et cet élément n’a rien d’un agrément visuel : très vite on découvre que les flèches du haut et du bas permettent de passer d’un résultat à l’autre très simplement. La touche « Entrée » quant à elle permet de valider le choix d’un résultat et accéder au lien qui nous intéresse.

Des outils d'aide à la conception de sites accessibles

Enfin, on va trouver sur le Web de nombreux outils d'aide à la conception de sites Web. Certains sont très clairement orientés dans le sens d'une meilleure accessibilité à ceux-ci. Exemple parmi tant d'autres, le problème des contrastes, que nous avons déjà évoqué dans un précédent article et qui entraîne des soucis de navigation dans le contenu d'un site par des mal-voyants, pourra être traité grâce à de nombreux outils. En effet, il existe ainsi de nombreuses aides pour analyser en quelques clics le contraste entre les couleurs d’arrière-plan et du contenu ; en voici quelques exemples :

Dans la même optique, certains sites proposent l'audit de sites pour tester son accessibilité au plus grand nombre. C'est un service proposé notamment par AccessiWeb.


Événements politiques et juridiques

Pour commencer, l'Institut de l'Accessibilité Numérique (IAN) est un observatoire pour promouvoir l’accessibilité numérique, lancé à la fin de l'année 2010 par l'association BrailleNet (dont nous avons parlé dans le dernier billet) et qui regroupe « des associations œuvrant pour l’insertion des personnes handicapées, des organismes publics, des entreprises, et des organismes de recherche… visant à faire progresser les connaissances théoriques et pratiques sur l'accessibilité numérique ». Cet institut se propose d'informer sur la réalité de l’accessibilité numérique et de communiquer une image fidèle de l’accessibilité numérique en insistant sur ses bénéfices. Son action se divise dans quatre domaines : les Recherche & Développement, la formation à l’accessibilité numérique et à ses standards, Labellisation de conformité aux standards de l’accessibilité numérique, diffusion de l’information et des bonnes pratiques.

Dans un précédent article, nous avons traité de la loi (française) « pour l’égalité des droits et des chances, pour la participation et pour la citoyenneté des personnes handicapées », votée en 2005.

Une loi étasunienne équivalente — c'est-à-dire cherchant à lutter contre la discrimination dont sont victimes les handicapés — existe depuis 1990 : il s'agit de l'Americans with Disabilities Act. Celle-ci ne prévoyait donc évidemment pas le cas d'internet. En 2010, pour les vingt ans de la loi, de nouvelles propositions concernant l'accessibilité du web ont été formulées par l'administration Obama, en vue de mettre la loi à jour. Comme pour la France, il est prévu d'imposer l'accessibilité de l'ensemble des sites de l'état. Ces annonces ont réjoui les associations de défense des handicapés qui espèrent que cela permettra d'accélérer la mise en place des Web Content Accessibility Guidelines, qui était le sujet de notre dernier article.

Au Canada, une consultante spécialisée dans « le combat pour l’amélioration de l’accessibilité aux personnes malvoyantes ou atteintes de cécité » a intenter un procès à l'administration canadienne estimant qu'il était impossible, pour un malvoyant ou non-voyant, de consulter les sites gouvernementaux (alors que ceux-ci sont censés respecter des normes d'accessibilité). Fin novembre 2010, la Cour Fédérale lui a donné raison, considérant qu'il s'agissait de discrimination. Les sites gouvernementaux ont désormais quinze mois pour être rendus accessibles.


Il y a encore beaucoup (tout ?) à faire

Un collectif citoyen, « Article 47 » (en référence au numéro de l'article de loi du 11 février 2005), constitué d'acteurs du monde associatif, de consultants, d'enseignants, de formateurs et d'experts (certains en situations de handicap, d'autres non), a publié une lettre ouverte à Xavier Bertrand, ministre du travail, à Fran\c cois Baroin, ministre du budget, Roselyne Bachelot, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, Éric Besson et Nadine Morano, secrétaires d'État rattachés aux ministères cités précédemment. Dans cette lettre, le collectif exprime ses inquiétudes quant à la mise en œuvre de l'article sus-cité : alors que nous sommes à seulement quelques mois de la première échéance (tous les sites liés aux services de l'État doivent être accessibles en mai 2011), les sites conformes aux RGAA (Référentiel Général d'Accessibilité pour les Administrations) sont de l'ordre de l'exception. De plus, aucun suivi n'a été mis en place pour rectifier cette situation. Ainsi, les exigences ne seront pas respectées. Afin d'y remédier, « Article 47 » formule cinq propositions :

  • « mettre en place une structure de pilotage et la doter de moyens suffisants pour exercer ses missions ;
  • mettre à jour le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations, et en préciser les modalités d’application ;
  • définir des objectifs chiffrés pour la formation des agents de l’État en matière d’accessibilité numérique et inciter les collectivités locales à en faire de même ;
  • mieux définir les modalités de déclaration et de contrôle de la conformité des sites ;
  • engager rapidement une réflexion sur la reconnaissance officielle des compétences en matière d’accessibilité numérique dans les parcours de formation continue ou initiale.



On le voit, il reste encore un grand effort de sensibilisation auprès du grand public, facteur clé de la mise en place d'un web accessible.

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