Accessibilité des sites internet aux personnes en situation de handicap visuel

Rappels des grandes lignes de la loi de 2005


Quelques mois après sa réélection, Jacques Chirac annonce, à l'occasion de la cérémonie du 14 juillet 2002, l'un des « grands chantiers » de son second quinquennat : l'intégration des personnes handicapées en France.

Après plus de deux années de débats, la « loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » est promulguée, le 11 février 2005 — la date d'entrée en vigueur étant le 1er janvier 2006. Ce texte est constitué de cent-un articles et se divise en quatre grands axes. Pour la première fois, une définition du handicap est établie :

« Toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. »

Le premier axe concerne le droit à la compensation : toute personne ne possédant pas toute l'autonomie nécessaire se voit attribuer des droits à des aides humaines. Le deuxième axe est le droit à la participation : les handicapés doivent pouvoir participer à la vie en société comme n'importe quel citoyen. Le troisième axe est le libre choix du projet de vie via la compensation des conséquences du handicap (mise en place d'un revenu d'existence favorisant une vie autonome digne). Le dernier axe prend en compte des mesures nécessaires à la réduction des différences : on parle d'égalité de traitement.

Plus concrètement, elle entraîne donc la compensation des surcoûts liés au handicap et accorde aux handicapés un certain nombre de droits (par exemple, celui à la scolarisation en milieu ordinaire, dans l'établissement de proximité auquel il est rattaché), notamment en rapport avec l'accès à la vie professionnelle (maintien du quota à 6%, élargissement du nombre de bénéficiaire). De plus, elle donne dix ans aux établissements recevant du public et aux transports collectifs pour se mettre aux normes d'accessibilité — non pas pour les handicapés en fauteuil roulant, mais pour les handicapés en général !

Afin de mettre en œuvre ces mesures, de nouveaux acteurs font leur apparition : la Caisse Nationale de Solidarité pour l'Autonomie, les Maisons Départementales des Personnes Handicapées, les Fonds pour l'Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique, afin de mettre en œuvre l'ensemble des éléments énoncés par la loi.

L'accessibilité des sites web, sujet de notre projet de veille, n'est pas oubliée, mais ne concernent que les services rattachés à l’État :

« les services de communication publique en ligne des services de l'État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées. »


Pour aller plus loin :


Le handicap visuel


Définition


Comme nous l’avons déjà vu, la loi du 11 Février 2005 a introduit dans la législation une définition du handicap. On en distingue dès lors six types :
  • moteur ;
  • auditif ;
  • psychique ;
  • intellectuel ;
  • invalidant ;
  • visuel.
Celui qui nous intéresse ici est bien sûr la notion de handicap visuel. L’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) en fournit une définition :
« Souffre d’handicap visuel, une personne qui a une déficience de la fonction visuelle qui persiste après traitement et/ou correction d’une amétropie, et qui a une acuité visuelle inférieure à 3/10, ou bien un champ visuel de moins de 10° à partir du point de fixation, mais qui utilise, ou qui est potentiellement capable d’utiliser la vision pour planifier et/ou exécuter une tâche. »

Un tableau classifie même les différents niveaux de pathologie.
Plus que ces données théoriques, il peut alors être intéressant de voir à quoi correspond concrètement le handicap visuel. C’est l’objet de la section qui suit.


Distinctions


Comme expliqué sur le site officiel du Regroupement des Aveugles et Amblyopes du Québec, on distingue généralement, dans la notion de handicap visuel, cinq grandes catégories :
  • La vision centrale ou en tunnel est due à une perte de vision périphérique, souvent associée à une perte de vision nocturne. Les pathologies associées à ce type de vision sont généralement évolutives et conduisent à un rétrécissement de l’espace de vision.Image représentant un exemple de vision centrale ou en tunnel

  • La vision périphérique correspond au contraire à une perte de la vue centrale, associée à des difficultés de perception de la précision et des couleurs. De même que précédemment, l’étendue de la vision périphérique pourra varier selon l’évolution de la maladie et sera amenée à rétrécir au fil du temps.Image représentant un exemple de vision périphérique

  • La vue embrouillée est principalement causée par les cataractes. On y trouve généralement associées une grande sensibilité à la lumière, et des difficultés de vision nocturne.Image représentant un exemple de vue embrouillée

  • La vue avec tâches correspond à l’apparition de tâches de position, taille et forme variables. Suivant leur configuration, le malade sera plus ou moins affecté dans ses actions. On retrouvera cette vision souvent associée à une vue embrouillée.Image représentant un exemple de vision avec tâche

  • La cécité qui correspond à la perte totale de la vue chez un individu.

Chacun de ces types de vision peut ensuite être décomposé en niveaux selon la pathologie ou la gravité et/ou l'évolution de l'atteinte oculaire. Ainsi, il y a presque autant de types de handicap visuel que de personnes atteintes de personnes concernées par cette typologie d’handicap. Et il est d’autant plus difficile pour les personnes ne souffrant pas de tels handicaps de s’imaginer ce que vivent ces personnes au quotidien.
Mais surtout, un élément important découle de ces premières définitions — un élément qu’il est ici très essentiel de comprendre :
Handicap visuel et cécité ne sont pas des notions équivalentes et les personnes aveugles ne représentent « que » 10% de la population française en situation de handicap visuel. Les 90% restants sont bien souvent oubliés alors qu’ils souffrent pourtant chaque jour de leur handicap.


Sources :

Principales conséquences fonctionnelles


Du point de vue des voyants, il est difficile de s’imaginer ce que vit une personne souffrant d’un handicap visuel.
En fermant les yeux et en essayant de se déplacer dans un lieu (même connu !), il est possible de commencer à s’imaginer les difficultés que peut rencontrer un aveugle. Pour les autres types de handicap visuel, la tâche est encore plus complexe.
Certains sites essaient cependant de nous faire approcher ces sensations :
  • Blindlife est un blog très intéressant qui nous permet via les différents sujets et commentaires des utilisateurs de connaître la réaction des personnes aveugles ou non voyantes dans les diverses situations de la vie (et de leur ressenti vis-à-vis des réactions des personnes ne souffrant pas de tels handicaps dans ces situations) ;
  • Giacomo Mazzocato permet de voir que l’accessibilité à un site pour des malvoyants se joue dès sa conception. Ce site propose en effet un outil d’aide à la décision sur la mise en forme (couleur, typographie, taille de caractères…) du contenu en proposant la vision de celui-ci du point de vue d’une personne souffrant de trois typologies de handicap visuel (deutéranopie, protanopie et tritanopie).
Ces sites ne sont bien sûr qu’une première approche des conséquences fonctionnelles du handicap visuel. Et cet aspect sera développé ultérieurement, notamment à la suite de notre rencontre avec des membres de l’association Valentin Haüy.

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