Accessibilité des sites internet aux personnes en situation de handicap visuel

De l’existant vers de « bonnes pratiques » pour l’accessibilité


Comme nous l’avons précédemment vu, la conception de sites internet accessibles au plus grand nombre et notamment aux personnes souffrant de handicap visuel est une démarche à réaliser bien en amont du codage de celui-ci.

Ceci n’est pas le cas pour de nombreux sites, et pour d’autres, malgré un effort certain, l’objectif d’une meilleure accessibilité aux handicapés visuels n’est pas atteint. Examinons quelques exemples intéressants de sites qui illustrent ceci :

  • Le site de l’association Valentin Haüy : alors qu’il est destiné à la promotion de l’accessibilité du plus grand nombre de services pour les personnes handicapés visuelles, il présente de nombreux défauts. L’architecture est beaucoup trop complexe, avec un menu notamment, qui s’avère illisible via JAWS par exemple. Les outils qu’il propose (comme sa médiathèque avec des ouvrages audio et en braille) est quasiment inutilisable pour un néophyte, situation que nous avons pu expérimenter avec Maryse P. lors de notre précédente rencontre.
  • Le site de la ville de Nantes qui fait preuve de beaucoup d’efforts déployés lors de la conception de celui-ci. Un menu simple et facilement accessible, des sections bien identifiées, des images relativement bien annotées au moyen de balises alt par exemple, etc. Cependant, le choix des couleurs, par exemple, n’est pas particulièrement adapté à certains types de vision.


Quelques considération générales


Idéalement, pour être accessible aux malvoyants et aux non-voyants, un site internet devrait n’afficher que du texte. Cependant, cela n’est pas toujours possible ou ne suffit pas forcément pour arriver à l’accessibilité à tous du site. Regardons à présent les règles et techniques employées ou qui devraient être employées dans cette optique.

Tout d’abord, les personnes qui sont aveugles accèdent au Web à l’aide des lecteurs d’écran et des claviers, et il existe des obstacles majeurs auxquels elles sont confrontées lorsqu’elles tentent d’accéder à du contenu Web. Il faut garder à l’esprit qu’un site Web accessible signifie que la personne aveugle est libre de le consulter de manière indépendante. Lorsque les développeurs Web conçoivent des contenus inaccessibles, la seule façon qu’à une personne aveugle d’obtenir les informations du site est de demander l’assistance d’une autre personne.

Ainsi, pour le cas spécifique de l’accessibilité aux personnes aveugles certaines règles sont souvent utilisées :

Enjeux Solution
Utilisation impossible de la souris Ne pas écrire des scripts qui nécessitent uniquement l’utilisation d’une souris. Fournir des alternatives par le clavier.
Les images, les photos, les graphiques non lus par les outils dont disposent les personnes handicapées visuelles. Alternatives textuelles via l’attribut alt et des descriptions détaillées (même page ou via un lien vers une autre page).
Informations essentiellement obtenues par écoute Permettre aux utilisateurs de passer les menus de navigation, les longues listes, les dessins ASCII ou tout autre contenu qui pourrait être difficile ou inutile à écouter.
Les utilisateurs sautent souvent de lien en lien en utilisant la touché Tab. Les liens doivent être explicites hors contexte (éviter absolument les liens du type « Cliquer ici »).
Les cadres ne peuvent pas être « vus » dans leur ensemble. ils doivent être visités de manière indépendante, ce qui peut aboutir à désorienter l’utilisateur. Ne pas utiliser de cadres sauf si vous êtes obligé. Si vous utilisez des cadres, fournissez des titres aux cadres qui informent l’utilisateur de leurs natures (exemples : « Menu de navigation », « Contenu principal »)
Difficile pour des utilisateurs de savoir où ils se trouvent quand ils écoutent les contenus des cellules de tableaux. Fournir des en-têtes de ligne et colonne (balise th). Rendre compréhensible l’écoute des tableaux – en particulier ceux qui ont des cellules fusionnées – quand ils sont lus ligne par ligne de la gauche vers la droite.
Problème des tableaux et graphiques complexes non interprétés par les outils dont disposent les handicapés visuels Fournir des résumés et/ou des alternatives textuelles.
Les couleurs ne peuvent pas être interprétées par les lecteurs d’écrans. Ne pas utiliser uniquement la couleur pour véhiculer une information.
Les utilisateurs s’attendent à ce que les liens aient tous une destination. Eviter cela.

Pour les daltoniens par exemple, les rouges et les verts sont souvent non identifiables, et il peut en aller de même pour d’autres couleurs. Ce n’est pas un problème dans la plupart des cas, sauf quand les couleurs véhiculent des informations importantes. Dans ces cas, il convient soit de modifier l’image, soit de fournir un moyen supplémentaire d’obtenir la même information. Souvent, la manière la plus appropriée est de fournir une explication dans le texte lui-même.


Analyse de certains points clés


Dans la conception d’un nouveau site, il faut également gérer certains points important de la transmission d’information sur le web :
  • Menus de navigation :
Pour s’imaginer la vie quotidienne de l’internaute atteint de cécité ou de malvoyance, rien de plus probant que l’utilisation d’un logiciel de revue d’écran en synthèse vocale. Par exemple, le « bien-voyant » lit à l’écran une liste de mots en surbrillance sur lesquels il clique pour se diriger vers d’autres pages. L’aveugle, lui, entend la voix robotisée de la synthèse vocale déclamer de son phrasé hachuré « lien » « lien » « lien » … Un menu de navigation doit donc être simple. Il existe cependant encore des sites présentant des menus de navigation sans fin qui rendent la visite du site impossible à un non-voyant par exemple. Des raccourcis claviers sont parfois définis et clairement présentés à l’utilisateur, ce qui permet une navigation plus fluide entre les différentes sections et pages constituant le site.
  • Images et vidéos
La même voix débitera un abscons « 34864.gif » sur une photo sans titre ! Un effet qui se produit chaque fois que le webmestre omet de renseigner chacun des liens ou intitulés des photos avec les informations sur la nature du contenu auquel ils font référence. Une attention toute particulière doit donc être donnée à ces éléments sous peine de compliquer, voire rendre impossible, la compréhension de ces éléments. Pour un non voyants. Des éléments techniques (nom des fichiers, balises html,…) sont alors à notre disposition dans cette optique.
  • Un juste milieu entre l’esthétisme, les avancées du Web et l’accessibilité
L’autre problème est de faire un site qui n’est pas assez attractif, graphiquement parlant ou par manque d’interactivités apportées par les nouvelles opportunités du web au détriment de l’accessibilité. Une des possibilités est de créer différentes versions, clairement accessibles dès la première page d’accueil dans le site. Cependant, parfois, cette possibilité est offerte par certains sites mais le choix n’est même pas clairement identifiable par une personne non voyante, ce qui en amoindrit significativement l’intérêt.


Mise en valeur des outils disponibles sur internet


Pour finir, certains sites proposent des liens vers des outils permettant un meilleur accès à leur contenu pour les personnes en situation de handicap visuel. Parmi ceux-ci, on trouve :
  • Screen Loupe : cet outils permet d’agrandir jusqu’à huit fois la partie de l’écran où se trouve ou se déplace la souris ;
  • Opera : célèbre navigateur avec des fonctions destinées aux personnes ayant des handicaps. Possibilité de naviguer entièrement avec le clavier avec une fonction Loupe qui zoome jusqu’à dix fois pour chaque fenêtre web ;
  • IBM Page Reader : navigateur qui lit les pages web. Très professionnel, il distingue toutes les parties de la page (champs, liens, boutons, etc.).
Notre visite du web nous a permis d’identifier certaines solutions pour permettre à tous les niveaux l’accessibilité d’un site au plus grand nombre, ce plus grand nombre incluant bien évidemment les personnes souffrant d’handicap visuel. Cependant, nous avons pu également nous rendre compte que bien souvent ces quelques règles ne sont pas toujours respectées. Il ne reste plus qu’à espérer que l’application de la loi de 2005 apportera des améliorations significatives sur ce plan. Les lignes qui précèdent peuvent en tous cas être les premières règles d’aide à la réalisation d’un site accessible.

Comments

Bruno des baumettes (unauthenticated)
Mar 5, 2013

bonjour,

j'ai créé un blog perso sur lequel j'ai ouvert une page destinée aux personnes mal/non voyantes : http://brunodesbaumettes.overblog.com/ecoutez-le-journal-de-bruno-des-baumettes-en-mp3
j'utilise pour cela une application DSpeech - peu performante (mais gratuite)

je souhaiterais savoir :
1° comment améliorer l'accès de mon site pour ces personnes ?
2° comment améliorer la qualité du résultat proposé ?
3° comment envisager une information spécifique destinée à ce public pour diffuser mon travail

En vous remerciant par avance,

Salutations
Bruno